mercredi 17 décembre 2008

Souvenirs, souvenirs !

Chargé d’enquêter sur la vie dans les campagnes reculées pour le compte d’un magazine télévisé Adrien Pollet explore les Causses à la recherche de personnages authentiques capables de relater quelques uns de ces évènements qui font la vie simple de la France profonde.

Sur son chemin il croise Jules Barthaud, un berger aux traits burinés s’exprimant avec une puissante voix rocailleuse.

Adrien Pollet engage la conversation sur un ton bonhomme libérant la parole de ce berger un peu bourru et lui demande de narrer son meilleur souvenir. Le vieil homme fait un temps tourner sa casquette usée sur son crâne dégarni et commence son récit les yeux pétillants de joie.

« C’était il y a bien dix ans le brouillard tombait sur le plateau et les combles qu’on y voyait pas à dix mètres. Je perdais une chèvre et pardi elle était pleine alors je demandais aux voisins de m’aider à la chercher. Après une journée on l’a retrouvée au fond d’une ravine; même pas blessée. Ce fut dure pour la remonter mais après, nous étions tellement content que nous l’avons tous … »

Adrien Pollet interrompt brusquement le conteur ; cette histoire ne pouvant décemment être diffusée. Il demande à ce brave Jules Barthaud d’évoquer un autre souvenir.

Heureux que l’on s’intéresse à lui il engage prestement un nouveau récit.

« C’était en hiver ; les Boudichou avaient tué le cochon et la Gertrude s’en allait chez sa sœur porter la fricassée quand le vent se mit à souffler si fort qu’il soulevait la poussière des chemins. On n’y voyait plus goutte et la Gertrude se perdit. À la nuit tout le monde partit à sa recherche et quand on l’a retrouvée on était tellement content qu’on la tous … »

Adrien Pollet, cramoisi, arrêta ce pauvre Jules Barthaud qui commençait à douter de la capacité du petit gars de la ville à apprécier les bons moments de l’existence et justement le journaliste lui demande maintenant de raconter son plus mauvais souvenir.

« C’était pour la Saint Benoit, le patron du village ; nous faisions la fête comme chaque année. Le Maire avait offert un gros tonneau de blanc. Avec Maurice et Albert, mes conscrits, on a fait un concours à qui en boirait le plus. J’ai gagné. Le soir en rentrant je me suis perdu et tout le monde se mit à ma recherche … !

jeudi 11 décembre 2008